*BANLIEUSARD ou MAITRE DES LIEUX*

Nous sommes à Pikine, précisément cœur de la banlieue. Chez nous, il y'a le marché Zinc qui fonctionne sept jours sur sept. Chez nous, se trouve l'un des points les plus fréquentés de Dakar : Bountou Pikine. Qui n'est jamais allé ou passé par là-bas ? Qui n'a jamais entendu parler de Saf-Bar, très célèbre et très populaire dans le secteur ? C'est à quelques minutes de marche de Essence Tally Bou Mack. Debout sur les plus hautes terrasses du quartier, on voit clairement le lieu de prestige des lutteurs sénégalais, l'arène Nationale.  Le président a bien vu. Chez nous, c'est la capitale de la lutte. C'est nous, c'est chez Baboye. C'est chez nous, c'est chez Eumeu Sène. C'est nous, c'est chez Ama Baldé, le digne héritier de Fallay Baldé. Chez nous, c'est chez Boye Niang. Que de champions chez nous.

Hier comme aujourd'hui, chez nous demeure la capitale de la lutte. Fallay fut champion. Tyson, le gentleman de la lutte, fut aussi champion. Eumeu le fut aussi. Ils ont terrassé n'importe quel champion. Leur technicité a ébahi tout amateur de la lutte. Du «leewto» au «simpi» en passant par le «gal-gal» ou le «mbot», c'est tout un charme qui attire et impressionne tout locataire des gradins. La lutte, c'est notre fort. Ama Baldé le montre et le démontre aujourd'hui encore de par son courage inqualifiable. Un vrai lion. Il a terrassé tous ses pairs de même âge. Jeune, il a intégré la cour des grands. Un persévérant. Boye Niang et les autres aussi suivent leur chemin. Les leçons des aînés sont apprises et retenues. La lutte, c'est à nous.

Par contre, il n'y a pas que la lutte chez nous. Chez nous, il n'y a pas que des champions de la lutte. Chez nous, c'est la persévérance dans tout domaine. Qui n'a jamais été frappé par la pertinence des interventions du jeune Cheikhou Oumar Talla dans l'émission «Ndoumbélane» sur la Sen/TV ou dans l'émission «Les grandes gueules» sur Zik FM ? Qui n'est jamais assis dans son salon et l'applaudir ? C'est parce qu'il adapte toujours ses interventions au langage de la rue, le langage de «Bountou-Pikine». Tout sénégalais alphabète ou analphabète peut le comprendre sans aucun difficulté. Pour me parler de moi, utilise mon langage : voilà la règle du jeune banlieusard. Qui n'est pas content du Professeur Daouda Ndiaye ? Une fierté nationale. Qui ne connaît pas Mamadou Gueye, président de l'A.S.C/ Pikine et homme fort de Son Excellence, Macky Sall dans le secteur ? Jeune sportif, il est un homme d'une haute facture intellectuelle. Tous ces nom ne représentent qu'une infime partie du nombre d'intellectuels qui se lèvent tous les jours de chez nous. La banlieue, particulièrement Pikine regorge de talents dans tous les domaines.

Cependant, ailleurs on nous reproche d'être les champions du divertissement. C'est quoi le divertissement selon eux ? Qu'est-ce qu'ils considèrent comme divertissement ? Est-ce la lutte qui est une activité sportive tout comme le football et autres ? Si c'est le cas, nous leur demandons s'ils ne souhaiteraient voir leurs fils devenir de grands joueurs dans les plus grands clubs comme le Fc Barcelone ou le Paris Saint-Germain. Qu'est-ce qu'ils considèrent comme divertissement ? Est-ce, le journalisme ? Si c'est cela, nous leur demandons s'ils ne révéraient de voir un jour leurs fils sur les plateaux de France24 ou TV5/Monde. Qu'est-ce qu'ils considèrent comme divertissement ? Est-ce, l'enseignement ? Si c'est cela, nous leur demandons s'ils ne voudraient pas que leurs fils enseignent dans des universités comme celle de Harvard. Qu'est-ce qu'ils considèrent comme divertissement ? Est-ce, la musique ? Si c'est cela, nous leur demandons s'ils ne souhaiteraient voir leurs fils dans les plus grandes spectacles du monde. Qu'est-ce qu'ils considèrent comme divertissement ? Est-ce, cela ? Si c'est cela, nous leur demandons s'ils ne souhaiteraient pas que leurs fils soient connus partout dans le monde pour cela.

Nous sommes fiers de ce que nous sommes : des champions du divertissement. Avant de se divertir, on réussit d'abord dans nos domaines. Toute victoire mérite une fête. Si chez nous, on se divertit trop, c'est parce qu'on réussit beaucoup. Chez nous, le divertissement est un droit pour celui qui réussit dans son domaine. Contrairement à ce que ceux d'ailleurs pensent, nous ne sommes jamais derrière. Partout et en tout domaine, nous figurons parmi les premiers. Être banlieusard, c'est toujours occuper le banc en premier. Être banlieusard, c'est toujours refuser d'être derrière. Être banlieusard, c'est refuser d'être un suiveur. Quand on dit : « ñuun ay boy banlieue laañu», c'est qu'on est sûr qu'on est meilleur. Le banlieusard est toujours le meilleur du lieu. Il occupe le banc en premier. Il dirige la conversation. Il distribue la parole. Il est tout simplement le maître du lieu. Tout cela parce que le banlieusard est celui qui a le plus  de «fít» pour affronter le pire et de «jóm» pour aller jusqu'au bout. Quiconque qui devance un banlieusard devient son potentiel adversaire. Le banlieusard est champion et cela, en tout domaine. Soyons donc fiers de ce que nous sommes : des maîtres des lieux.

*Seydoux DIOUF*
*Résidant au quartier Darou-Khoudoss/Pikine-Nord,*
*Etudiant en sciences politiques à la FSJP de l'UCAD,*
*Écrivain-poète, auteur de *MURMURES D'UNE ÂME MINEURE*.

UNITED AS ONE  !!

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